Vie fluviale

Pourquoi la batellerie française diminue ?

Un point de vue publié par le Républicain Lorrain le 5/08/2018 par Lisa Lagrange :

Dans les années 1970, la France dénombrait près de 8 000 artisans bateliers parcourant les canaux, fleuves et rivières de France. Entre 1980 et 2001, le nombre d’artisans bateliers est passé de 2 617 à 843. Ils seraient un millier aujourd’hui.

Les artisans qui travaillent avec le nouveau port de Metz font partie de la flotte hollando-belge. Selon Jacques Kopff, directeur général de la société des ports de Metz, il n’y a quasiment plus de batelier français qui navigue par chez nous. Pourquoi ? Avec 350 tonnes de moyenne, l’équivalent du chargement d’une centaine de camions, le bateau de type Freycinet, comme l’Icaria (lire par ailleurs), fait figure de petit gabarit dans le milieu. Problème ? Il est le seul à pouvoir circuler sur la Moselle et ses écluses de 12 m de large. Au-delà, les bateaux ne passent pas. « Et encore, après Neuves-Maisons, en Meurthe-et-Moselle, si on veut circuler vers le sud, il faut passer à la péniche inférieure. Les canaux sont plus petits. » Il n’y a donc quasiment pas de transit possible vers le sud.</p><p>Le réseau fluvial français était le plus important d’Europe, à l’époque de Napoléon. Il n’a quasiment pas évolué depuis. La qualité du réseau fluvial français ne serait pas la seule cause du désamour pour la profession. Deux étudiants de la Sorbonne se sont penchés sur le sujet, en 2016. Selon eux, la libéralisation du marché du fret a fait disparaître la protection de la profession en générant de nouveaux coûts de transaction « grevant paradoxalement la performance économique de la batellerie artisanale sur le réseau Freycinet ». Les entreprises sont moins attirées. Le risque de naviguer avec une cale à demi remplie augmente. La rentabilité diminue. Les tentatives gouvernementales pour inciter les clients à ne plus utiliser le transport en camions, comme l’écotaxe, sont abandonnées.

Pourtant, le potentiel est énorme. Aujourd’hui, le transport fluvial représente 4 % du transport national. Est-ce que le transport (et ces 80 heures pour aller à Anvers par exemple) est trop long ? N’est-ce pas un frein ? « Un bateau peut transporter l’équivalent de 100 camions. Et il consomme 5 l de fioul/tonne transportée. Le seul impératif est d’arriver à l’heure pour l’arrivée ou le départ du bateau de mer. C’est de la logistique. Et il n’y a jamais d’accident. C’est un peu la fable du lièvre et de la tortue. »</p><p>Et avec une cale de 80 m de long, la voie d’eau permet aussi de transporter des colis très lourds ou des pièces très imposantes, pour l’industrie par exemple. « Nous sommes loin des limites du transport fluvial sur la Moselle. Aujourd’hui, à Metz, nous sommes à 10 millions de tonnes transportées, notre pic serait à 16 ou 17. »

Bateau école « Magellaan » du Lycée des Catalins de Montélimar

Bateau école « Magellaan » du Lycée des Catalins de Montélimar en navigation entre Condrieu et Ampuis.
Vidéo réalisée par Lorick Bouchet, élève à bord du Magellaan.